Gros Plan sur l’Audiodescription

Je vous le dis tout de suite, je vais vous parler d’une chose que je ne pratique pas (du moins pas encore). N’empêche !

L’audiodescription est une technique qui permet aux déficients visuels de profiter d’œuvres et de programmes audiovisuels.

Cela concerne potentiellement 1,7 millions d’aveugles et malvoyants en France.

Un peu d’histoire…

Cette technique est née au début des années 70 aux Etats-Unis. Gregory Frazier, prof d’université à San Francisco, regardait « Le train sifflera trois fois » à la télévision avec un ami aveugle. A sa demande, il lui décrit les scènes et les actions dans les temps de silences qui séparent les dialogues. Ce fut une révélation pour l’ami aveugle et un déclic pour Frazier dont le doyen à l’université n’était autre que le frère de Francis Ford Coppola. Résultat, je vous la fais courte, le premier film en audiodescription sort en 1988 : C’est Tucker de… Francis Ford Coppola.

La France suit dès 1989. Marie-Luce Plumauzille, Maryvonne Simoneau et son fils Jean-Yves Simoneau s’envolent pour l’Université de San Francisco où ils sont formés aux techniques de l’audiodescription. À leur retour en France, Auguste Coppola confie à l’association Valentin Haüy le développement du projet Audiovision, procédé qui sera présenté pour la première fois en France lors du Festival de Cannes, en mai 1989.

Fin de la partie historique.

 

Techniquement, ce procédé est en fait composée de deux métiers parfois imbriqué : le métier d’audiodescripteur et l’audiodescription voix.

Audiodescripteur, un travail d’auteur

Etre audiodescripteur, comme son nom l’indique, c’est maîtriser l’art de décrire ce qui se passe à l’écran. Cela s’applique pour les images vidéos, les films.

Etre audiodescripteur requiert évidemment une parfaite maîtrise de langue : il faut avoir du vocabulaire, savoir être précis, concis, juste, évocateur, respectueux… Prise de tête assurée !

Marie GAUMY, auteure audiodescriptrice, et Claire BARTOLI, collaboratrice non voyante, témoignent des questions de description posées par un plan séquence du film “Porfirio”, de Alejandro Landes. Entretien filmé en 2012 dans le cadre d’une table ronde sur l’accessibilité des films aux spectateurs déficients sensoriels organisée par Retour d’image lors du Festival Un Autre Regard, en 2012. Extrait du film Porfirio : droits réservés Atopic Distribution.- source : retourdimage.eu

 

Cela demande également une grande connaissance et un profond intérêt pour le cinéma, ses codes, ses techniques, et plus largement l’univers du son et de l’image. Saurez-vous comprendre et respecter l’univers du réalisateur, le jeu des acteurs ?

Hélène BLESKINE, auteure audiodescriptrice et Claire BARTOLI, sa collaboratrice non voyante à l’audiodescription, expliquent leurs choix sur les deux premières minutes de “Au revoir les enfants” de Louis Malle. Entretien filmé en 2012 dans le cadre d’une table ronde sur l’accessibilité des films aux spectateurs déficients sensoriels organisée au Festival Un Autre Regard par Retour d’image. source : retourdimage.eu

 

Sachez également que vous ne travaillez pas seul : vous êtes en binôme avec un non-voyant qui va valider votre travail. Il ou elle sera votre premier public, votre critique, votre aide indispensable.

 

L’audiodescription, c’est le champ d’action des comédiens en voix-off.

A l’oral, faire de l’audiodescription demande un vrai talent de comédien, car même s’il semble que le ton soit parfaitement neutre, c’est au contraire un condensé de jeu de comédien qui doit jouer sans prendre le dessus sur les acteurs, l’ambiance du films, les choix artistiques du réalisateur. C’est un travail extrêmement fin et précis dans les nuances.

Isabelle FARIA, auteure et comédienne, Laurent MANTEL, audiodescripteur, comédien doubleur, et Philippe KURZAWA, ingénieur du son au laboratoire Eclair, enregistrent l’audiodescription de “Caprice”, un film de Emmanuel Mouret, distribué par Pyramide Distribution. © Moby Dick films – Arte France cinéma.- source : retourdimage.eu

 

A l’arrivée, c’est un travail très enrichissant mais aussi long et fastidieux. Si vous n’êtes pas perfectionniste, passez votre chemin !

Pour les autres, n’hésitez pas à vous former. Je vous ai mis quelques adresses ci-dessous.

 

DONC, le travail d’audiodescripteur ne s’adresse pas à tout le monde mais il offre un débouché possible pour les comédiens et les auteurs, même si les places sont rares et le marché plutôt embouteillé.

Et financièrement ?

Financièrement, “le tarif moyen de l’audio-description varie aujourd’hui, en France, entre 55 et 70 euros par minute (soit entre 5 000 et 6 300 euros pour une fiction de 90 minutes). Pour mémoire et à titre de comparaison, le coût du sous-titrage d’un programme enregistré revient en moyenne à 13,50 euros par minute (soit 1 215 euros pour un programme de 90 minutes). En l’absence de véritable marché de l’audio-description et donc de pression concurrentielle, les tarifs pratiqués en France sont sensiblement plus élevés qu’à l’étranger, entre trois et huit fois supérieurs à ceux pratiqués au Royaume-Uni ou au Canada.

Pour faciliter la comparaison entre la France et d’autres États, il est possible d’isoler le coût d’une minute d’audio-description : les résultats alors obtenus varient considérablement selon le degré de maturité du marché.

Pays Fourchette de prix
en euros HT à la minute
France 55-70
États-Unis 57
Canada 18-22
Royaume-Uni 7-15

Source : Projet de loi du Sénat

 

LE PETIT +

Les vidéos pédagogiques citées ici ont été produites et réalisées par l’association Retour d’image avec les soutiens du CNC et du Ministère de la Culture et de la Communication :
 Pour tout savoir sur l’Audiodescription :  Retour D’Image  (www.retourdimage.eu), Association Valentin Haüy, Association Française d’audiodescription (AFA)

 

Formations : INA , AFDAS

 

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