Demain, tous des robots ?

 

Ne m’appelez pas Madame Irma, même si je m’interroge sur l’avenir de cette pratique très récente de la Voix-Off !

L’émergence du commentaire en voix-off remonte à l’apparition du sonore dans le cinéma au début du XX° siècle.  C’est l’héritier du commentaire des tous débuts sous forme de panneaux qui accompagnaient la projection en direct, comme pour “Nanook l’Esquimau” de Robert Flaherty reconnu comme le tout premier documentaire en 1922. Le commentaire fut ensuite improvisé en direct avant d’être enregistré sur la bande-son. C’est l’apparition de la voix “Off the screen”. C’était à il y a environ un siècle.

Presque cent ans plus tard, où en sommes-nous ? Les voix de synthèse font des prouesses époustouflantes !

Peut-on alors imaginer que la pratique de la Voix-Off telle que nous la pratiquons a de l’avenir ? Que nous pourrons suivre cette voix (voie, humour !) tout au long de votre vie professionnelle ? On a de quoi s’inquiéter !

Un avenir de synthèse ?

En effet, l’Ircam (Institut de recherche et coordination acoustique/musique) a développé un procédé technologique qui déjà permet de recréer la voix et de redonner la parole, intonations incluses, aux personnalités disparues comme le Maréchal Pétain ou Marylin Monroe de façon absolument stupéfiante. André Dussolier lui même s’est prêté au jeu et avoué être véritablement troublé par la qualité du résultat !

 

Alors, demain serons-nous, nous les voix (trop ?) humaines, remplacés par de « simples » logiciels sans que personne n’ait à y redire ? Ben vous savez quoi, c’est possible !

En attendant, car cela fait quand même des années qu’on nous brandit l’épouvantail des “robots qui vont prendre la place de l’homme” sous le nez, travaillons !

Voyez plus loin

Le métier de dire est un très beau métier et j’espère le faire encore longtemps. Je vous le souhaite aussi. Emettre du son, le moduler, entrer en communication, en lien avec l’autre par le biais des ondes sonores reste fascinant, subtil, sensuel, fascinant, émouvant. Et justement, ces émotions que nous apportons, notre cœur, notre esprit que nous dévoilons dans notre voix… c’est ce petit plus, cette personnalité propre à chacun qui, j’espère, nous permettra de durer encore un peu. Il y aura toujours des gens pour chanter et parler.

 

Mais mon message est celui-ci : attention à ne pas tout miser sur cette pratique qu’est la Voix-Off. Voyez plus loin : développez un art, approfondissez un domaine, élargissez vos possibilités, affinez vos techniques, étendez vos compétences, ouvrez-vous… enrichissez-vous. Ne vous limitez pas à une seule technique

 

Le Petit + :  Voix-off et commentaire dans le cinéma documentaire et ethnographique

Et un gros raté de doublage diffusé puis retiré par Netflix, soupçonné d’avoir été fait en voix de synthèse (c’est pas possible autrement !)

 

4 Commentaires

  • Répondre Matthieu Farcy 13/01/2016 à 12:03

    Merci pour cet article et ce rappel historique. Effectivement, la voix synthétique se développe, mais je pense qu’elle ne remplacera jamais l’être humain, car nous restons des être d’émotion.

    Je devine très bien que ces robots prendrons une part de plus en plus importante sur le marché de l’institutionnel bas de gamme. J’ai déjà visionné des films sur lesquels les producteurs s’étaient servis de robot pour les commentaires : la qualité et la sensibilité n’y sont pas. Pire : on fini par perdre le message car on remarque trop la supercherie ! Leur seul intérêt est donc économique.
    Développer une voix de synthèse demande beaucoup de travail en programmation. Je ne suis pas certain que l’investissement dans un robot perfectionné soit rentable, et je pense que leur utilisation sera réservés à certains projets artistiques.

    Je vous rejoins sur votre conclusion !

    • Répondre Valerie Zysman 13/01/2016 à 12:55

      C’est très juste Matthieu. Le seul risque est que le logiciel devienne abordable en se développant. L’exemple d’André Dussolier ou de Pétain prouve que le rendu des émotions s’améliore et est même déjà extrêmement performant et très proche du naturel, limite indétectable. L’avenir serait alors au travail des “opérateurs voix ” pour moduler le timbre et le ton des “vox-machina”. Mais là on entre dans le domaine de la science-fiction bien sûr et à ce jour seuls des projets d’envergure et disposant de moyens conséquents peuvent justifier un tel usage. Il nous reste donc un peu de temps devant nous !

  • Répondre Ségolène BOUËT 13/01/2016 à 23:49

    Très bel article une fois de plus, merci Valérie.
    Tant que l’utilisation de la voix de synthèse reste cantonnée à une niche restreinte, cela est acceptable voire très impressionnant et troublant. C’est une fabuleuse prouesse technologique. Mais il ne faudrait pas que cela soit au détriment de l’humain et des émotions. Ni que des personnes mal attentionnées ne l’utilisent à des fins machiavéliques et pernicieuses.
    Le Monde change, il faut accepter les évolutions. Le PDG de la start-up Narrative Science prédisait il y a peu que 90% des articles seront écrits automatiquement d’ici 15 ans et estime que le prix de littérature Pulitzer sera remporté par un robot avant 20 ans!
    Le recrutement au sein des entreprises, voir les castings, seraient confiés à un logiciels pour une détection plus pertinente des talents… Je reste dubitative…
    Acteurs, voix-off, Journalistes, concepteurs rédacteurs, écrivains … et j’en passe un bon nombre de domaines d’activité serait concerné comme l’industrie, le médical, l’assistance aux personnes âgées ou handicapées (mais aussi pour pister les fraudeurs, les terroristes…!). Positivons: Le progrès a du bon quand il est bien maîtrisé et utilisé à bon escient.
    Les personnes qui développent ses voix de synthèse sont des passionnés, faisons leur confiance et acceptons la complémentarité entre les voix!

    • Répondre Valerie Zysman 19/01/2016 à 10:06

      Le sujet des robots qui remplacent l’homme a fait les beaux jours de toute une littérature de Science-Fiction passionnante par les questions qu’elle a soulevé (voir la Saga des Robots d’Asimov ou les nouvelles de Philippe K. Dick). Cette exploration des possibilités scientifiques, humaines et sociétales a permis d’anticiper les questions et les angoisses qui se posent à nous aujourd’hui avec les progrès des techniques. Quant aux réponses, nous les écrivons au fil du présent, au fur et à mesure.

      Aujourd’hui, la reproduction des intonations, donc des émotions, par logiciel est possible, comme on le voit dans la vidéo de l’IRCAM avec Dussolier, et ce même sans passer par un technicien qui en jouerait pour produire un commentaire voix, comme de notes sur un clavier pour composer une symphonie. C’est un fait et c’est techniquement très bon, ne nous le cachons pas. Et si cela ne se développe pas plus pour le moment c’est uniquement pour des questions de coûts trop élevés. De plus pour que nous soyons remplacés, j’imagine qu’il faudra encore enregistrer les innombrables phonèmes d’un nombre énorme de comédiens pour alimenter des banques de voix pour un rendu moins synthétique. Bref il nous reste sûrement un peu de temps devant nous avant d’être envoyés à la casse !

      Pourtant, au-delà de notre domaine, vous avez raison Ségolène de souligner que la numérisation et la robotisation concernent tous les domaines d’activité. C’est LA révolution qui est en cours en ce moment : la révolution numérique qui vient tout bouleverser. Nous n’y échapperons pas plus que les autres.

      Alors oui, comme dans tous progrès, il en ressortira des choses formidables et d’autres “fâcheuses” car tout dépend de l’humain qui le manipule.

      Mais le changement c’est le sens de l’évolution.
      Et on ne survit à l’évolution que d’une seule manière : en s’adaptant. S’adapter c’est savoir utiliser le mouvement, la force en action, pour aller plus loin. Même si cela implique des changements, des mutations bien sûr… Les espèces qui ont disparu au fil de l’évolution sont celles qui n’ont pas pu s’adapter à leur nouvel environnement.
      C’est pourquoi il est capital de se tenir informé, de rester curieux, d’essayer les nouveautés, d’apprendre encore et toujours…et de savoir changer… si besoin. Pour voir venir la vague et surfer dessus le plus loin possible

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